L’histoire du GRAND LOGIS
A travers les siècles, découvrez l'histoire du Grand Logis de Beaurepaire et ses propriétaires.
Après les destructions provoquées par les conquêtes romaines et les invasions des Normands, il fallut reconstruire et repeupler le Poitou. Vers le Xe siècle, alors que le comté de Poitou se réorganisait, un vaste territoire situé dans notre haut bocage, englobant les actuelles communes de Beaurepaire, Bazoges-en-Paillers, Saint-Fulgent et Mesnard-la-Barotière, devint une subdivision administrative du Bas-Poitou. Ce territoire fut confié par le comte de Poitou aux vicomtes de Thouars, qui contrôlaient déjà les régions de Tiffauges, Pouzauges et Les Herbiers.
La partie comprenant Beaurepaire et les autres localités citées était primitivement appelée Badvieille, devenue Vieille, et aujourd’hui connue sous le nom de la Clairière, où fut établi le centre administratif.
Ce vaste territoire dépendait du château de Tiffauges, propriété, comme mentionné plus haut, des vicomtes de Thouars.
Beaurepaire n’existait pas encore en tant que tel ; le centre religieux se trouvait à Paillers. Les vicomtes de Thouars firent construire, dès une époque très ancienne, une maison de chasse en bordure d’un vaste étang poissonneux, qui s’étendait jusqu’à la chaussée actuelle de la route de Bazoges. Ce territoire, entouré de forêts, était également très riche en gibier.
Le Grand Logis fut construit par les seigneurs de Thouars dès l’an mil. Ce domaine devait avoir un nom, et comme la langue officielle était alors le latin, il fut nommé Pulchrum Repairum, qui devint en langue vulgaire : Beaurepaire.
Avec l’incertitude des temps, il devint nécessaire de fortifier ce logis. Un canal de dérivation, partant de l’étang actuel et traversant la place située derrière l’église, descendait dans le bourg à l’emplacement de l’actuelle rue du 8 Mai. Ce canal alimentait des douves qui furent creusées autour du Grand Logis, et que l’on franchissait par une passerelle, dont les piles furent retrouvées lors des travaux de creusement des tranchées pour le réseau d’eau potable et le tout-à-l’égout. Près de cette passerelle, on découvrit également les fondations d’une grosse tour.
Le premier seigneur connu fut Guillaume Taillefer, qui vécut aux alentours de l’an 976. Son fils, Zacharie de Thouars, faisait partie des seigneurs poitevins qui accompagnèrent le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, lors de la conquête de l’Angleterre en 1066. Le dernier seigneur de cette famille, Miles II de Thouars, reconstruisit son château, qui correspond à l’actuel Grand Logis.
Le Grand Logis se compose de deux grandes salles au rez-de-chaussée, ainsi que de deux autres salles à l’étage. À l’avant, un pavillon carré, autrefois coiffé d’une haute toiture pyramidale, abrite un superbe escalier en colimaçon, avec des marches de deux mètres de large. Cet escalier, accessible par une belle porte en granit, dessert les différentes salles du Logis. Dans l’angle ouest, une tourelle carrée surmontée d’une échauguette renferme un autre escalier en colimaçon, de dimensions plus modestes, qui descend au sous-sol, lequel s’étend sous la plus grande des salles.
Un autre corps de bâtiment fut construit au XVIe siècle, en bordure de la rue actuelle. Ce bâtiment est aujourd’hui détruit.
Le dernier seigneur de la famille de Thouars, Miles II, mort en 1411, laissa ses domaines à sa fille aînée, Marie de Thouars, décédée sans descendance en 1424. Son héritière fut sa sœur cadette, Catherine de Thouars, qui avait épousé, après avoir été enlevée en 1420, Gilles de Laval, sire de Rais. Elle lui apporta en dot tous ses domaines. Gilles de Rais, un jeune et brillant seigneur né en octobre 1404, fut placé sous la tutelle de leur grand-père, Jean de Craon, un homme violent et sans scrupules. Ce dernier façonna Gilles en un personnage à moitié fou, passionné par le théâtre, la musique et l’alchimie.
Puis, alors que la guerre avec l’Angleterre pour la possession du trône de France faisait rage, Gilles de Rais et son grand-père y prirent une part très active. Gilles de Rais se vit confier la protection de Jeanne d’Arc, qui, après une brillante et fulgurante campagne, fit couronner le 16 juillet 1429 le dauphin Charles VII, roi de France. En récompense de sa conduite exemplaire, Gilles fut nommé Maréchal de France.
Gilles tenta de délivrer Jeanne d’Arc, alors prisonnière des Anglais, et même après sa mort sur le bûcher, il continua de combattre l’ennemi.
Lorsque la guerre fut terminée, il retourna à Tiffauges, Beaurepaire, et Machecoul. Là, il organisa de prodigieuses représentations théâtrales à Orléans et de somptueux banquets où des milliers de convives festoyèrent pendant des semaines, dilapidant ainsi l’énorme fortune du Maréchal de France.
Effrayé par sa situation financière, il se tourna vers l’alchimie, faisant appel à des mages venus de partout. L’un d’entre eux, Prélati, l’incita à rechercher la pierre philosophale, censée transformer les métaux en or, et à offrir des sacrifices humains aux démons. Des centaines de jeunes enfants furent ainsi immolés.
Gilles se ruina définitivement et commença à vendre ses propriétés. L’opinion publique l’accusa des disparitions d’enfants, et une enquête secrète fut ouverte. Gilles fut arrêté le 13 septembre 1440 à Machecoul. Conduit à Nantes, il y fut jugé et condamné à être pendu puis brûlé vif en place publique le 26 octobre 1440.
La légende ne dit pas Gilles de Rais a commis certains de ses crimes dans le Grand Logis. Autrefois, à Beaurepaire, on racontait l’histoire de la “Femme à la Boule d’Or“, une femme qui attirait et enlevait les petits enfants pour les livrer au méchant seigneur.
Un an après son exécution, sa veuve, Catherine de Thouars, se remaria en 1441 avec Jean II de Vendôme, vidame de Chartres, à qui elle apporta Beaurepaire. Elle mourut en 1462, et entre ces deux dates, elle fit construire l’église de Beaurepaire en réparation des crimes de son premier mari.
La construction de cette nouvelle église attira les habitants du vieux bourg de Paillers, qui avait été ruiné par la guerre de Cent Ans.
Leur descendante, Louise de Vendôme, épousa en 1529 François de Ferrières, et leur fils Jean, prince de Chabanais, vendit Beaurepaire à François Girard, seigneur des Échardières près de Pouzauges, vers 1577. Le Grand Logis resta dans cette famille jusqu’à la Révolution.
L’un d’eux, Eusèbe Girard de Beaurepaire, trouvant le Grand Logis incommode, fit construire dans le champ de la Motte, au bout de l’actuelle rue Gilles de Retz, un château de style Renaissance, qui fut agrandi au XVIIe siècle.
Le Grand Logis devient ensuite le siège des officiers de justice de Beaurepaire. Puis fût ensuite revendu et plusieurs propriétaires s’y succédèrent.
Le Logis était en ruines, sans toiture. Il y eut de multiples tentatives pour le faire acheter par le Conseil Général, et en 1992, ces ruines furent acquises par Mr et Mme CHOPIN Donald, industriels à BEAUREPAIRE qui le restaurèrent magnifiquement. Le Grand Logis état sauvé !
L’activité de M CHOPIN s’arrêta et après plusieurs années en vente, c’est la commune de Beaurepaire, sous l’impulsion de son Conseil Municipal et son Maire Franck GAUTHIER, qui se porte acquéreur en 2022 du logis pour le préserver et en faire un espace culturel avec bibliothèque.